Hommes et féminisme

Petite recette pratique pour répondre à une accusation de sexisme (calling out)

Ingrédients :
         Un soupçon d’humilité
         500 g de bonne volonté
         3 tasses de privilège checké finement
         500 mL d’effort
         Une pincée de politesse
Allergies :
Convient aux personnes intolérantes au mansplaning.
La recette peut éventuellement s’adapter pour accommoder des personnes intolérantes au whitesplaining, à l’hétérosexisme, au capacitisme et au cissexisme.

Tais-toi et crois moi

Il est bien vu d’avoir des opinions sur tout, de débattre de tout, de chérir la diversité d’opinions, et de célébrer la méthode socratique. Faire une affirmation sans la prouver, lorsqu’on est du côté qui remet en question le statu quo, c’est échouer à remplir son fardeau de preuve. Il y a alors deux solutions, soit d’abandonner tout espoir d’apprendre quelque chose à une personne moins informée, ou de se résigner à expliquer. Encore. Encore. Encore. Encore. J’ai 812 ami.e.s Facebook. Devrais-je, à toute heure du jour et de la nuit, être fraîche et dispo pour un cours de féminisme 101? 

Ce que les hommes ne comprendront jamais 

J’ai déjà pensé que mon background féministe me faisait m’inquiéter outre mesure. Sûrement, les femmes non politisées ne se posent pas autant de questions? Je constate que la peur des hommes traverse les dissensions politiques, que l’appartenance au féminisme lui est non pertinente. Je me souviens d’avoir sursauté en voyant ma propre ombre surgir devant moi, parce qu’il est tout à fait normal qu’une femme adulte ait peur d’un lampadaire. Je ne suis pas fan de la course, mais j’ai le cœur qui débat quand une voiture ralentit, le soir, pour se garer à la hauteur où je me trouve. J'ai déjà tenu mes clefs d'une main, mon cellulaire de l'autre. Je sens mes muscles se raidir quand je croise une silhouette masculine dans la rue. Je panique quand un homme s'approche pour me demander l'heure. Parfois sans même y penser, comme une seconde nature, la nature ô combien féminine de la peur. 


À Toronto ou ailleurs, nous ne sommes PAS «tous féministes»

N’en déplaise aux partisans de « l’humanisme », le féminisme est genréLe féminisme n’est pas un humanisme. S’il fallait ainsi le rebaptiser, il ne s’intéresserait plus spécifiquement à la situation des femmes, et ne pourrait enrayer le sexisme. S’il fallait que le féminisme concerne autant les hommes que les femmes, il deviendrait un autre lieu de domination où les voix des femmes seraient rapidement écartées – comme l’expérience de toutes les sphères mixtes nous l’a démontré. Les hommes doivent cesser de présenter le féminisme comme un courant consensuel – même s’ils le font avec de bonnes intentions, ils le rendent « mou ». Dans une société patriarcale, seul le sexisme – le statu quo – peut être consensuel. Le féminisme doit déranger, il doit susciter des désaccords. 


La raison du plus fort - Le féminisme doit-il vaincre ou convaincre?

Le sexisme n’est pas logique. Il ne découle pas de la raison. Les hommes les plus violents envers les femmes ne sont pas les moins intelligents; ils ne sont pas non plus à un argument près de devenir proféministes. Nous avons derrière nous des générations de penseuses et d’éducatrices publiques féministes. Elles ont exprimé les arguments en faveur d’une réelle égalité entre les genres, et pourtant le monde reste ce qu’il est. Des hommes renforcent avec passion des dogmes sexistes totalement arbitraires (comme ceux de punir ou de censurer la nudité et la pilosité féminine), et ils ne le font pas parce que c’est rationnel. « C’est comme ça », disent-ils d’un ton catégorique. En leur expliquant que le mamelon ou poil féminin est homologue au mamelon ou poil masculin, vous ne gagnerez qu’un mal de tête. Ces normes arbitraires bougeront lorsque des féministes réaliseront des publicités sans pilophobie, produiront des films mettant en scène des corps réalistes ou imposeront aux écoles une éducation à la sexualité (ou même un cours de biologie) non sexiste. En bref, lorsqu’elles seront aux commandes. Le patriarcat est l’expression du pouvoir des hommes sur les femmes, et c’est en rétablissant la balance de pouvoir que nous nous émanciperons. Pas en les convaincant de nous marcher dessus un peu moins fort.
Il n’est pas exclu qu’elles aient des alliés dans les luttes qu’elles mènent. Cependant, ces alliés, ceux qui se diront « proféministes », ne seront jamais ceux que nous aurons rassemblés autour de la promesse d’avantages pour leur genre. Nos véritables alliés comprendront que le féminisme n’est pas anti-hommes, mais qu’il n’est pas non plus pro-hommes. Ils accueilleront la perte éventuelle de leurs privilèges institutionnels et du pouvoir qu’ils exercent toujours, quelles que soient leurs bonnes intentions. C’est seulement à cette condition que le féminisme pourra accepter que des hommes participent au mouvement, en autant qu’ils demeurent en tout temps conscients de leur privilège.
Loin de moi l’idée de faire la promotion du couple ou de l’hétérosexualité. Force est cependant de constater que beaucoup d’hommes aiment les femmes, que beaucoup de femmes persistent à former des couples avec eux, et que le dating est une réalité de cette chère société qui ne peut être ignorée. Mais s’il faut dater, autant le faire de la bonne façon. Je parle, bien entendu, de la façon féministe. À en croire certains masculinistes, le féminisme a transformé toute drague en harcèlement et toute romance en viol. Pour des hommes plus proféministes, le respect dans la drague est important, mais la ligne est difficile à tracer. Soyez sans crainte : Suzanne est là pour vous guider, pas à pas, dans votre drague consentante. 

Alliés masculins: féministes ou proféministes?

Les mots sont nos armes les plus puissantes : il est impératif de s’assurer qu’ils ne se retournent pas contre nous. Maniée avec soin, l’alternative féministe / proféministe permet de profiter des avantages de chaque appellation et témoigne d’une attention particulière accordée à l’étiquetage. « Jouer avec les mots », c’est plutôt jouer avec l’essentiel.