5 questions pour comprendre la culture du viol

À l’occasion de mon 100e article sur ce blogue (!!!!), j’ai décidé de changer un peu de ton. Depuis que j’ai commencé à écrire il y a deux ans, je répète périodiquement l’affirmation suivante : « je ne fais pas de ‘féminisme 101’ ». Et pourquoi pas?

Cet article est une introduction au concept de la culture du viol. Si vous l’aimez, j’en rédigerai d'autres du même type sur différentes notions féministes, alors n’hésitez pas à vous manifester!

La culture du viol est un phénomène qui génère énormément de controverse. Du côté féministe, une fois qu’on la comprend, il devient impossible de ne pas en voir les manifestations partout dans notre vie et dans la société. Du côté antiféministe, c’est l’ennemi juré numéro 1 – non pas la culture du viol, mais le fait qu’on la nomme. En effet, les masculinistes traduisent la culture du viol par « les féministes voient le viol partout », ou encore « les féministes croient que tous les hommes sont des violeurs ». Bien sûr, il est permis de croire que ceux qui s’indignent le plus fort sont eux-mêmes des violeurs

Non seulement la culture du viol est-elle un concept fondamental pour comprendre le patriarcat, il s’agit donc aussi d’un excellent filtre pour démasquer les antiféministes et certains faux-féministes. Mais encore faut-il la comprendre. Voici donc les bases de la culture du viol.

1)      Qu’est-ce que la culture du viol?
La culture du viol est un concept féministe utilisé pour caractériser une société (la nôtre) où le viol, l’agression sexuelle et le harcèlement sexuel sont banalisé.e.s, voire encouragé.e.s. Une telle société crée un climat propice au contrôle du corps des femmes par les hommes. Voici certains de ses présupposés et conséquences :

·         Le viol est fréquent et banalisé, et ce, même si on prétend que le viol est un crime grave (double discours)

·         Les victimes de viol sont blâmées (victim blaming)

·         Les victimes de viol ne sont pas crues

·         Les stéréotypes sur le viol sont très présents

·         Le système exige des victimes de viol qu’elles rapportent le crime, tout en leur fournissant un processus hostile

·         Le viol est encouragé subtilement (ou pas) dans la culture populaire

·         Les violeurs sont glorifiés, ou du moins excusés (notamment, en raison de leur statut)

·         L’habillement et la présentation des femmes et des petites filles est contrôlé

·         Un sentiment d’insécurité est cultivé chez les femmes relativement aux inconnus et au monde extérieur (malgré que 80% des agresseurs soient connus de leur victime)

·         Les femmes ont la responsabilité de prévenir le viol

·         Beaucoup, beaucoup de personnes ignorent ce que signifie le consentement

Lorsqu’on rencontre ce concept pour la première fois, il peut être difficile de croire qu’on vit dans une société où le viol est effectivement encouragé. Il est alors utile d’apprendre à reconnaitre les manifestations concrètes de la culture du viol dans notre vie quotidienne.


2)      Comment la culture du viol se manifeste-t-elle dans la vie de tous les jours?

Tous les jours, des femmes sont violées.

Bien que cela aille de soi, il ne faut pas oublier cette première manifestation de la culture du viol.

D’autres exemples :

·         Les films romantiques présentent la « quête » amoureuse d’un homme qui poursuit une femme malgré son refus initial (harcèlement). Sa persévérance est qualifiée de romantique et finalement récompensée lorsque la femme réalise qu’en réalité, c’est l’homme de sa vie (non veut dire oui)

·         Dans les films, on voit très rarement le consentement des femmes être exprimé. Des centaines de films présentent des scènes « romantiques » qui mettent en scène une agression sexuelle, sans que le public ne s’en rende compte

·         Les livres Twilight et 50 nuances de Grey (50 shades of Grey) sont extrêmement populaires malgré que les personnages féminins principaux y vivent de la violence conjugale « romantique »

·         Bien que le viol soit un problème colossal, la plupart des pays et provinces n’ont pas de programme satisfaisant d’éducation sexuelle et au consentement dans les écoles (et de tels programmes font face à une forte opposition)

·         Lors des initiations universitaires, les étudiant-e-s sont incité-e-s à crier des chansons qui banalisent et tournent en blague le viol et la pédophilie

·         De nombreux jeux vidéos présentent les femmes comme des récompenses pour les actions des hommes

·         Les femmes qui disent  « non » sont accusées de mettre les hommes dans la friend zone


·         La chanson de Noël « Baby it’s cold outside » est populaire 


·         Des publicités sexistes utilisent se servent du viol pour vendre [IMAGE]

·         Les femmes qui prennent la parole sur internet, les journalistes et les activistes femmes sont constamment menacées de viol

·         Le viol en prison est une blague

·         Le vocabulaire utilisé pour parler du viol blâme les victimes : par exemple, « se faire » violer plutôt que « violer » ou « être violée »

·         Les auteurs de violences sexuelles et conjugales sont dépeints comme des victimes dans les médias (voir cet article et cet article)

·         Parlez de viol ou de harcèlement sexuel à une personne de votre entourage prise au hasard, et sa première question concernera probablement l’habillement de la victime


3)      Pourquoi la culture du viol est-elle sexiste?
Puisque le viol est majoritairement commis par des hommes sur des femmes (environ 80%), les femmes sont les principales victimes de la culture du viol. Par ailleurs, la culture du viol chevauche d’autres produits dérivés du patriarcat, comme le salopage (slut shaming) – ils s’intensifient mutuellement pour affecter même les femmes qui ne sont pas victimes de viol dans de nombreux aspects de leur vie. Certaines conséquences de la culture du viol affectent cependant également les hommes victimes de violences sexuelles.

La culture du viol est, en corolaire, un privilège masculin. Les hommes n’aiment pas penser qu’ils en bénéficient, surtout s’ils se perçoivent comme un « bon gars » qui ne commettrait jamais un tel crime. Cependant, même sans violer, les hommes retirent des avantages de la culture du viol :

·         La peur du viol influence significativement le comportement des femmes, en les incitant à ne jamais contrarier les hommes

·         La peur du viol garde les femmes prisonnières de leurs maisons, ce qui octroie par défaut l’espace public aux hommes (pour une description de la manière dont la peur du viol affecte la vide quotidienne des femmes, vous pouvez lire cet article - mon plus populaire!)

·         La culture du viol crée une solidarité masculine qui assure aux hommes un fort soutien même s’ils se comportent de façon inacceptable

·         La culture du viol pose des obstacles à l’avancement professionnel, économique et politique des femmes, ce qui maintient les hommes dans leur position privilégiée (contrôle des institutions politiques, scolaires et juridiques, promotions et sur-rémunération, etc.).

·         La culture du viol permet aux hommes un grande latitude de comportements dominants dans une relation amoureuse qui ne sont pas considérés socialement comme de la violence conjugale


4)      Comment puis-je combattre la culture du viol?
Le plus important, pour combattre la culture du viol, est de la comprendre et d’apprendre à reconnaitre ses manifestations. Informez-vous! De nombreuses blogueuses ont écrit sur la culture du viol : vous pouvez commencer par là. Attention : il y a beaucoup de désinformation masculiniste sur le sujet, il vaut mieux rechercher des articles sur des sites féministes.

Quelques pistes pour commencer :


·         Les recommandations de Guerrilla Feminism ici et ici (en anglais)

·         Les articles que vous trouverez sur des blogues et pages fiables comme Je suis féministe, les Hyènes en jupons et Je suis indestructible.

·         Mes articles en lien avec la culture du viol, par exemple:

Il est notamment important de comprendre comment la culture du viol interagit avec d’autres systèmes d’oppression comme le racisme et le capacitisme.

Source: https://www.facebook.com/starchildstela/photos/a.253208748164308.1073741827.253204088164774/575733735911806/?type=3&theater

[Description d'image: dessin de l'artiste Starchild Stella qui présente deux femmes devant lesquelles se trouve une bannière avec l'inscription "Je supporte les survivant.e.s". L'image est en couleurs pastel.]
Une autre façon de lutter contre la culture du viol est de soutenir les survivantes d’agression sexuelle et d’adopter des postures et valeurs qu’on appelle « pro-survivantes » :

·         Croire les victimes sur parole, par défaut, et ête à l'écoute de leurs besoins

·         Ne pas se porter à la défense des hommes accusés de viol en brandissant la « présomption d’innocence »

·         Ne pas faire des commentaires ou poser des questions qui suggèrent la responsabilité de la victime, comme « elle n’aurait pas dû boire autant » ou « qu’est-ce qu’elle portait? »

·         Ne pas exiger des survivantes qu’elles racontent des détails de leur agression (à vous ou à la police) 

·         Considérer que chaque agression sexuelle est grave

Intégrez ces connaissances et ces valeurs en paroles et actions :

·         Ne JAMAIS menacer une femme de la violer

·         Éliminer de son vocabulaire les expressions sexistes en lien avec le viol

·         Ne pas suivre ou donner l’impression de suivre une femme dans la rue

·         Lorsqu’une femme dit « non » (ou « je ne sais pas », ou « pas vraiment »…), ne pas redemander et la laisser tranquille

·         Parler de culture du viol aux hommes dans votre entourage


5)      Quel est l’alternative à la culture du viol?

Pour faire obstacle à la culture du viol, les féministes ont imaginé une culture du consentement, où le consentement est valorisé. Dans une telle culture, il est primordial de s’assurer du consentement d’une autre personne avant de la toucher. On comprend que le consentement doit être continu, répété, clairement affirmé, et que la communication est donc nécessaire entre deux partenaires. Par ailleurs, le consentement ne concerne pas seulement l’activité sexuelle – mais ce sera pour un autre article.



Vous avez aimé cet article? Pensez à le partager!

Vous aimerez aussi: 5 étapes pour parler féminisme

Je publie un à deux articles par semaine: suivez la page Facebook de ce blogue pour ne pas les manquer!