The 100: la série où le sexisme s’en va mourir

La série The 100 arrive première dans mon Palmarès des séries féministes, qui classe 23 séries de « à voir absolument » à « à éviter à tout prix ». Dans le premier d’une série d’article, j’explique les (nombreux) bons et les (quelques) mauvais coups de la série - sans révéler de moments clés de l'intrigue! 

L’histoire
The 100, c’est l’histoire de cent jeunes délinquant.e.s ayant grandi dans l’espace qui sont envoyé.e.s sur Terre pour vérifier si, cent ans après la guerre nucléaire qui l’a ravagée, elle est désormais habitable. Rapidement, les 100 jeunes se rendent compte que la Terre n’est pas seulement habitable, mais aussi habitée. Les « terriens », un peuple qui apparait d’abord sauvage et surtout effrayant, ne sont pas ravi.e.s de cette présence « extraterrestre », et le combat pour la survie est plus ardu que prévu. Pendant ce temps, sur l’Arche (station spatiale où l’humanité s’est réfugiée en attendant de pouvoir retourner sur terre), les leaders politiques tentent de résoudre le problème délicat  d’une structure qui ne tiendra pas bien longtemps à moins de commencer à réduire la population.

Type de série
La série est de type aventure/action. Bien que le résumé semble la classer comme « science-fiction », elle est beaucoup plus de style Hunger Games que Star Wars. The 100 est une série très violente : devant moi-même tourner la tête à chaque fois qu’il y a du sang (et il y en a souvent), c’est le seul aspect qui m’a dérangée - ce qui ne m’a pas empêché de la voir trois fois.

Les « pour » et les « contre »

Contre
  • Les deux ou trois premiers épisodes sexualisent et infantilisent Octavia, personnage qui deviendra une guerrière aguerrie et le personnage le plus fantastique de toute la série. Ça ne dure pas!
  • Deux scènes tombent dans un stéréotype concernant les personnages noirs et lesbiens (je n’en dirai pas plus pour ne pas révéler de moment clé de l’intrigue)
  • La première saison ne présente pas ou peu de personnages non hétérosexuels. On en rencontre cependant plusieurs dans les saisons suivantes.
  • La série est en cours!!! Il faut attendre une semaine entre chaque nouvel épisode!!!
  • C’est tout! En trois saisons, c’est tout ce que j’ai trouvé – et je peux vous garantir que je vois même l’ombre du sexisme!


Pour
  • Les personnages féminins sont à tomber par terre. Fortes, courageuses, complexes, ambivalentes, avec des personnalités diverses, politisées, résilientes, loyales, talentueuses, les femmes de la série sont tout sauf des stéréotypes féminins. Maintes et maintes fois, la série présente une femme comme la meilleure guerrière, la plus fine stratège, la plus débrouillarde… et même la meilleure mécanicienne! Les femmes sauvent les hommes aussi (sinon plus) souvent que réciproquement.
  • Le leadership est plus que paritaire. Différents groupes, clans, coalitions sont rencontré.e.s tout au long de la série. Les leaders féminins surpassent largement en nombre les leaders masculins. En plus, de nombreuses.x leaders sont noir.e.s.
  • Une médecin et son assistant.
  • Alors que les terrien.ne.s apparaissent à prime abord comme des « sauvages » et laissent présager un narratif raciste, on constate rapidement une critique du colonialisme. Les « sauvages » ne sont pas ceux/celles que l’on pense…
  • On y retrouve une critique du classisme et de la criminalisation de la pauvreté.
  • Aucune femme n’est violée dans cette série (jusqu’à présent). Le viol n'est pas utilisé comme un punch, et l’agression sexuelle n’est pas non plus « romantisée ». Si vous êtes sensibles à la violence sexuelle, vous saurez à quel point c’est rare, une série sans viol.
  • Certaines séries sont féministes parce qu’elles dénoncent le sexisme dans la société (Reign, par exemple, qui arrive troisième dans mon classement). Celle-ci est féministe parce que le sexisme n’existe pas! Pas de harcèlement sexuel, pas de remise en question de la capacité à diriger des nombreuses femmes guerrières, pas de « les hommes partent en guerre », pas d’incrédulité quant au fait qu’une femme soit mécanicienne, pas de division sexuelle du travail, pas de ridiculisation de l’infirmier... Une société post-patriarcale. C’est très, très reposant!
  • La façon de dépeindre l’amour, l’amitié et la sexualité est absolument géniale – cela vaut la peine d’être développé d’avantage 



L’amour
Enfin, une série qui ne place pas l’amour au sommet de tous les autres sentiments qui puissent exister, et à l’avant-plan du narratif! Dans The 100, l’amour ne rend pas aveugle. Les personnages amoureux – et surtout, les femmes amoureuses – n’en perdent pas de vue leurs valeurs, leurs ami.e.s, leurs repères, leurs objectifs. Les personnages célibataires ne sont pas désespérément en quête de partenaire.

La série réussit un coup de maître(sse) lorsqu’elle évite les clichés du triangle amoureux. Lorsque deux femmes sont amoureuses du même homme, elles ne deviennent pas ennemies, amères, ridicules ou jalouses. Le problème se résout sans les fameux « cat fights » que l’on voit d’habitude. Plus encore, lorsque la situation est critique (ce qui est pas mal toujours le cas), les « drames amoureux » passent au second plan. « Je ne peux pas vivre sans toi », ça marche moins lorsqu’on a une flèche en plein cœur.


L’amitié
Avez-vous déjà vu une belle amitié entre un homme et une femme dans une série? C’est excessivement rare. Dans The 100, Clarke et Bellamy, qui partagent ensemble le fardeau du leadership, développent des liens forts d’amitié, de complicité et de solidarité. Et… magie! Aucun.e ne tombe amoureux.se de l’autre – ce qui nous épargne le narratif du « friend zone » ou le cliché « un homme et une femme ne peuvent jamais être ami.e.s ».  Non seulement voit-on ce beau modèle d’amitié, mais on le voit en plus évoluer, avoir des conséquences importantes et mener à des moments touchants.



[Description: photo, tirée de la série, de Clarke et Bellamy (les personnages principaux) qui se serrent fort dans leurs bras. Clarke est de dos et Bellamy est de face. Il est blessé au visage.]
Source: http://static.tumblr.com/f566f48238f8d9f38771dd67c9609f2e/xxqyahb/wOOnf4jxw/tumblr_static_16cy68qtor7k4o08c8gwwkooo.jpg

L’amitié féminine est également présente – sans rivalité pour le pouvoir ou pour un homme –, bien que ce soit l’amour du « clan » ou la loyauté envers son « peuple » qui soit le sentiment déterminant.


Sexualité
J’ai déjà mentionné qu’il n’y avait pas de viol. Il n’y a pas non plus de grossesse surprise et non désirée – le véhicule par excellence du salopage (slut shaming) dans le cinéma.

Quant à la bisexualité, elle existe – ce qui, encore une fois (et malheureusement), est en soi presque miraculeux. Le narratif des personnages non hétérosexuels n’est pas centré sur la « découverte » de leur homosexualité, le déplacardage (coming out), la crise existentielle, ou la réalisation profonde que tout ce temps-là ils se « trompaient » sur leur « vraie » orientation. Bien au contraire, on voit une femme coucher avec une femme après avoir fréquenté un homme, et c’est présenté comme si de rien était. Une leader lesbienne est jugée pour avoir succombé à l’amour, mais pas pour le genre de son amoureuse. L’homophobie n’existe tout simplement pas dans l’univers de cette série.


En bref
The 100 vaut la peine d’être vue, ne serait-ce que pour les personnages féminins extraordinaires que la série nous fait découvrir. Plusieurs personnes avec qui j’en ai parlé ont été déçues en voyant les deux ou trois premiers épisodes, mais sont par la suite devenues incapables de s’en passer. Donnez-lui une chance et vous ne le regretterez pas! Si, comme moi, vous êtes sensibles à la violence, vous aurez à détourner le regard souvent – mais l’absence de sexisme ou de violence faite aux femmes vous en consolera bien vite. The 100, qui se présente comme une série pour adolescent.e.s, développe cependant de façon très intéressante des thèmes liés à la morale, au pouvoir, à la politique, à la guerre et au colonialisme. Jusqu’où sommes-nous prêt.e.s à aller pour survivre ou sauver un.e ami.e?



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