Drague féministe: 7 conseils pour inviter une femme à sortir

Loin de moi l’idée de faire la promotion du couple ou de l’hétérosexualité. Force est cependant de constater que beaucoup d’hommes aiment les femmes, que beaucoup de femmes persistent à former des couples avec eux, et que le dating est une réalité de cette chère société qui ne peut être ignorée. Mais s’il faut dater, autant le faire de la bonne façon. Je parle, bien entendu, de la façon féministe. À en croire certains masculinistes, le féminisme a transformé toute drague en harcèlement et toute romance en viol. Pour des hommes plus proféministes, le respect dans la drague est important, mais la ligne est difficile à tracer. Soyez sans crainte : Suzanne est là pour vous guider, pas à pas, dans votre drague consentante. Le sujet est très important : pour beaucoup de femmes, la drague est inconfortable, dangereuse, parfois forcée et souvent pleine de pièges patriarcaux difficiles à éviter. Un partenaire attentif aux rapports de force inégaux peut faire la différence entre une bonne et une mauvaise expérience.

Ce guide sera surtout utile aux hommes qui fréquentent des femmes, parce qu’ils se retrouvent dans une position de pouvoir qui exige qu’ils soient consciencieux, mais pourra aussi convenir aux femmes qui fréquentent des femmes ou aux hommes qui fréquentent des hommes. Tout le monde aime la culture du consentement! (Enfin, tout le monde qui lit mon blogue). À vos marques, prêt.e.s, fréquentons-nous!

1)      Laissez-la faire les premiers pas
Dans la culture romantique, c’est forcément l’homme qui doit faire le premier pas (et le deuxième, et le troisième…). Or, les femmes aussi connaissent cette chose extraordinaire qu’est la volonté, et aiment bien l’exercer. Laisser la femme faire le premier pas peut être inconfortable car inhabituel, mais, pour l’homme, c’est une bonne façon de s’assurer qu’elle ne cède pas simplement à une cour insistante. Pour la femme, c’est également autonomisant (empowering). Rien ne vous empêche de faire savoir votre intérêt – et, croyez-moi, elle s’en rendra compte plus vite que vous ne le pensez. Vous pouvez aussi bien sûr entamer la conversation, par exemple après un match sur Tinder. Cependant, si vous lancez l’invitation pour toutes les sorties, suggérez chaque contact physique et écrivez tout le déroulement de la relation, il vous sera difficile de vous assurer qu’elle ne vous suit pas à reculons.

2)      Respectez sa sécurité
Quand on sait que « le viol et la violence conjugale représentent un risque plus grand pour une femme âgée de 15 à 44 ans, que le cancer, les accidents de la route, la guerre et le paludisme réunis » (http://www.un.org/fr/women/endviolence/situation.shtml), on comprend pourquoi la sécurité est un enjeu important des relations hétérosexuelles. Vous savez si vous avez l’intention d’être violent envers votre partenaire, mais elle, elle ne le sait pas. Pour une femme, vous êtes le violeur de Schrödinger : un violeur potentiel ou un #NotAllMen, sans que votre apparence ou comportement ne lui permette de déterminer dans quelle catégorie vous tombez. Ça ne vous plait pas? À nous non plus. Démantelez la culture du viol et on en reparlera.

Il y a plusieurs choses que vous pouvez faire – ou plutôt, ne pas faire – pour augmenter le sentiment de sécurité de votre fréquentation (en plus de respecter les autres conseils de cet article). « Tu habites près d’ici? » peut vous paraitre du small talk anodin avec une femme que vous croisez et qui vous plait, mais peut lui évoquer la menace du stalking ou du harcèlement. De même, « où habites-tu? » semble parfait pour savoir où passer chercher votre date (si vous choisissez ce cliché), mais ne laisse pas beaucoup d’options à la femme qui ne veut pas vous donner son adresse. Bien sûr, si elle vous invite chez elle, il est sensé de vous enquérir du lieu visé. Autrement, demander « où est-ce que je peux passer te prendre? » est une alternative préférable.

Une autre façon de respecter le besoin de sécurité d’une femme qui vous plait est de lui donner votre numéro pour qu’elle vous contacte si elle le souhaite, plutôt que de lui demander le sien. D’une part, toutes les femmes ont déjà hésité à donner un faux numéro, et plusieurs ont subi du harcèlement téléphonique. D’autre part, il est difficile, pour celles qui ont été socialisées à dire « oui », de répondre « non » à une question aussi anodine et directe que « est-ce que je peux avoir ton numéro? »; ne pas téléphoner est une manière beaucoup plus aisée de manifester son absence d’intérêt. En bonus, si c’est elle qui vous téléphone, vous pourrez faire d’une pierre deux coups et cocher en même temps le conseil #1.

Pour le reste, usez de votre bon sens. Le premier rendez-vous tard dans la nuit, loin de chez elle et du métro, mais comme par hasard à deux pas de chez vous? Pas votre plus brillante idée. Préférez une première rencontre courte et dans un endroit public, par exemple un café. Une bouteille de bière s’offre mieux si elle vous voit la décapsuler. Les femmes ont différentes craintes largement induites par des mythes de style Petit Chaperon rouge, et toutes ne remarquerons pas forcément ces détails, mais ce n’est pas une raison pour prendre des risques avec leur sentiment de sécurité. Quoi que vous fassiez, le pire qui peut vous arriver est de perdre votre temps ou d’avoir l’air ridicule; le pire qui peut lui arriver est – malgré vos bonnes intentions – de craindre pour sa vie. Faites le calcul.

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[Description d'image: Citation de Margaret Atwood sur fond beige: "Men are afraid that women will laugh at them. Women are afraid that men will kill them." (Traduction: Les hommes ont peur que les femmes se moquent d'eux. Les femmes ont peur que les hommes les tuent.)]

3)      N’insistez pas
Ça parait évident, mais évitez le harcèlement. C’est sans doute le point le plus important de cet article. Le harcèlement, c’est insister, poser la même question plusieurs fois jusqu’à recevoir un « oui », mettre une personne dans une position où elle ne peut pas facilement dire « non », ou encore bouder, culpabiliser ou piquer une crise quand elle refuse.

Bien sûr, si vous posez une question directe, comme « veux-tu sortir avec moi? », et qu’elle vous répond avec un « non » tout aussi direct, la situation est claire. Ne reposez pas la question; si vous pensez qu’elle pourrait changer d’idée (sans que vous essayiez de la « convaincre »), proposez-lui de vous avertir ou recontacter si c’est effectivement le cas.

Cependant, le harcèlement ne débute pas au moment où elle vous dit « non » mais au moment où vos avances ne sont plus les bienvenues. Ainsi, sachez lire entre les lignes. Si vous lui proposez une sortie et qu’elle vous répond qu’elle est occupée avec une excuse vague pour la troisième fois, il y a de bonnes chances pour qu’elle ne veuille pas sortir avec vous. Bien sûr, il se peut qu’elle soit effectivement occupée. Il vous suffit de renvoyer la balle dans son camp (« Je suis pas mal libre la semaine prochaine, fais-moi signe si tu veux qu’on se voit ») pour remédier à cette incertitude.

4)      Laissez-lui le choix
C’est bien beau de ne pas harceler la femme qui vous intéresse, mais cela suppose que vous sachiez ce dont elle a envie; or, ce n’est pas toujours facile à communiquer. Ma stratégie préférée est celle qui laisse la balle dans le camp de l’autre : « appelle-moi si tu veux qu’on sorte prendre un café cette semaine ». Si vous préférez une approche plus ciblée, assurez-vous de toujours laisser une porte de sortie. Par exemple : « veux-tu venir avec moi ou es-tu trop occupée? », « c’est dernière minute, mais si jamais tu es libre tu pourrais me rejoindre à ce bar », « tu veux qu’on aille prendre une bière ou tu préfères rentrer pendant qu’il est encore tôt? ». Évitez des formules qui risquent de la coincer, comme : « qu’est-ce que tu fais ce soir? » ou « es-tu libre mercredi? », qui obligent la personne à communiquer sa disponibilité avant de savoir ce que vous avez en tête.

Pour ce qui est de mettre fin à la soirée, plus de deux options sont préférables, surtout considérant que certaines femmes sont nerveuses à l’extérieur la nuit. Vous pouvez par exemple suggérer :
-          de rentrer chacun.e de son côté
-          de la raccompagner chez elle
-          de la raccompagner jusqu’à l’arrêt de bus
-          de rester dormir chez vous
Bien sûr, si vous insistez fortement sur votre option préférée, cela rend les alternatives assez artificielles.

5)      Mesurez l’intérêt et le confort de votre partenaire
Soyez attentif au langage verbal et non verbal. Est-ce qu’elle a le regard fuyant et vous répond par monosyllabes? Est-ce que c’est toujours vous qui entamez la conversation Facebook et toujours elle qui y met fin? Est-ce qu’elle semble manquer d’enthousiasme? Soyez conscients de ces signes, qui peuvent vous aider à réaliser qu’elle est mal à l’aise. Ce conseil est particulièrement important pour les interactions en personne, par exemple avec une inconnue dans les bars. Les femmes ont appris à lire l’appel au secours dans les yeux de leurs amies lorsqu’un homme ne les lâche pas; vous pouvez aussi y arriver. Malheureusement, les femmes n’ont pas un confort-ô-mètre tatoué sur le front, mais avec un peu de bonne foi, vous saurez vous en tirer. À condition toutefois de ne pas oublier le conseil #6 :

6)      Ne présumez pas de son intérêt
Bien qu’il soit important d’être conscient des manifestations verbales et non verbales du non-consentement de votre partenaire, son consentement, lui, ne se présume pas. Je ne parle pas seulement de rapports sexuels : ce n’est pas parce que vous vous voyez régulièrement qu’elle veut sortir avec vous, ce n’est pas parce qu’elle vous écrit tous les jours qu’elle veut vous voir, ce n’est pas parce qu’elle vous regarde qu’elle veut vous embrasser. Allez-y un petit pas à la fois pour être sûre de ne pas traverser ses limites, et n’hésitez pas à poser des questions telles que « tu t’amuses? », « est-ce que tu veux rentrer? », « est-ce que ça te plait? »... Rappelez-vous, seulement « oui » veut dire « oui ».

7)      Pensez-y à deux fois
Des fois, la meilleure solution est peut-être de ne pas l’inviter à sortir. Je pense notamment à l’inconnue croisée dans la rue ou dans le métro. En particulier, celle qui a un livre ouvert et des écouteurs dans les oreilles pour s’assurer qu’on ne la dérange pas. À part porter en collier le fameux insigne « ne pas déranger », il n’y a pas grand-chose d’autre qu’elle peut faire pour être plus claire. Résistez à l’envie de l’aborder. Surtout le soir.
Mais si vraiment vous savez en un regard que c’est la femme de votre vie et que vous ne pouvez vous résoudre à la laisser tranquille, alors soyez d’autant plus attentif à son degré d’inconfort et assurez-vous, comme il a déjà été discuté, de lui laisser votre numéro ou nom plutôt que de lui demander le sien. Un contact visuel et l’observation de son langage non verbal vous permet aussi de vérifier son ouverture à une interaction.

En bref : penser safe
Soit, cet article sur comment inviter une femme à sortir pourra vous sembler dur à suivre. Peut-être vous inquiétez-vous d’avoir moins de « succès » avec les femmes en respectant ces conseils. Mais soyez certain que si une date n’aboutit pas parce que vous avez été attentif au consentement de l’autre, alors il vaut mieux qu’elle n’ait pas lieu. Cet article n’a rien à voir avec votre égo, la démonstration de votre virilité ou vos exploits de collectionneur – il s’agit de s’assurer du confort maximal des femmes avec lesquelles vous interagissez dans un contexte romantique et sexuel. Pour le comprendre, il vous faut vous rappeler que le pire qui peut vous arriver est de vous faire dire « non ». Cela semble un bien faible prix à payer pour éviter le risque de harceler ou de faire peur à une femme qui vous plait.



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